Coup de cœur #1 : Palo Alto

Une œuvre qui n’est pas nouvelle, mais la première sur laquelle j’avais envie d’écrire.

Je suis allée voir le film Palo Alto de Gia Coppola le 11 juin 2014 (j’ai retrouvé le ticket de cinéma il y a quelques temps), avec ma meilleure amie. Je me souviens que nous étions assez intriguées : Coppola était un nom porteur, nous étions fan de James Franco – et les histoires d’adolescents valent toujours le coup d’œil. Mais je ne m’attendais pas à recevoir une telle claque. Nous avons discuté longuement sur le film après la séance. Puis je l’ai revu quelques mois plus tard car il me restait toujours en tête. Mon coup de cœur de la première fois était confirmé. Je ne compte désormais plus le nombre de visionnages. Je ne saurais dire ce qui m’y pousse à chaque fois, mais revoir ces scènes et ces dialogues que je connais maintenant sur le bout des doigts me procurent une sensation de bien-être.

Il est difficile d’expliquer de manière pertinente ce qui nous a plu dans un film quand celui-ci nous a profondément touchés. C’est un sentiment très personnel, et il est rare que les autres le ressentent aussi de cette façon. Pour beaucoup, Palo Alto n’est qu’un teen-movie comme un autre. Pas de doute, Gia est bien la nièce de Sofia : une pincée de The Virgin Suicides pour l’ambiance hypnotique et poétique, une goutte de The Bling Ring pour la banlieue argentée dans laquelle évoluent les personnages. Je ne peux pas blâmer les gens qui n’accrochent pas à ce sujet, à cet univers. On peut aussi être un peu trop âgé et ne pas vouloir (pouvoir ?) comprendre ce qui anime réellement cette génération – la mienne, la nôtre – un peu trop sombre, dépeinte sans artifices.

Je ne qualifierais pas non plus Palo Alto de chef d’œuvre. Mais pour un premier film, il possède de nombreuses qualités indéniables. Gia Coppola a effectivement gardé le thème chéri de l’adolescence, mais dans le but de proposer quelque chose de nouveau.

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  • L’œuvre originale (2011)

Palo Alto c’est d’abord le recueil de nouvelles partiellement autobiographiques de James Franco. Je l’ai lu après avoir vu le film (en version originale). Il me semble intéressant de faire un point sur celui-ci également. Les narrateurs changent au fil des nouvelles, il n’y a pas de linéarité dans le récit. On retrouve certains noms plusieurs fois, d’autres pas. Pourtant on n’identifie pas vraiment de changement dans la narration. Aucune personnalité propre ne se détache des personnages. C’est la faute au style qu’a adopté James Franco : les phrases ne sont pas chargées émotionnellement, ce qui contraste avec la dureté de ce qui est décrit parfois. Une certaine distance est maintenue : des lignes se dégagent donc une certaine froideur. Cela peut rebuter, mais cela évite également une dramatisation exagérée. Et je ne pense pas que ce soit un manque dans l’écriture, mais un parti pris plutôt réussi.

Les adolescents ont un point commun : ils habitent tous dans la ville de Palo Alto (dans la baie de San Francisco en Californie). Ils forment une entité ; ils vivent plus ou moins la même réalité. Les soirées d’ennui entrecoupées de réflexions sur l’enfance, la description d’excès en tout genre : drogues, alcool, sexe, vandalisme, violence… La liste est longue. Un point qui m’a marquée dans le livre : les relations filles-garçons qui sont abordées de manière extrêmement malsaines et abusives, à travers des points de vue sont majoritairement masculins.

[TW VIOL] D’abord, la perte de la virginité est vue pour eux comme un cap important à passer. Le sexe est toujours associé à la popularité. Ceux ou celles qui ne couchent pas sont marginalisés. Mais la plupart des filles sont étiquetées comme “whores” dès qu’elles couchent avec différents garçons. A côté de cela, on a un garçon qui exploite sexuellement une fille isolée. La violence des relations sexuelles sont explicitées et pourtant le garçon ne voit jamais en quoi cela est mal, puisqu’elle n’a jamais protesté. Dans la nouvelle d’April, celle-ci est manipulée et abusée par son coach de football à l’âge de quatorze-ans. Son âge n’est mentionné qu’à la fin, on est tout d’abord trompé par le coach qui lui déclare très sérieusement sa flamme.

C’est comme si sous cette coupole étouffante que représente Palo Alto, la normalité était biaisée, et que les personnages ne faisaient plus la différence entre ce qui est bon et ce qui est répréhensible.

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  • L’adaptation cinématographique (2014)

Son adaptation sur grand écran est bien différente et édulcorée, mais réussie : des acteurs jusqu’à la réalisation, le film tape juste et surtout reste honnête. Il se concentre sur certains personnages et mêle (avec brio) des histoires plus ou moins séparées dans le livre. Ici pas d’aventures extraordinaires à vivre pour ces adolescents très privilégiés, certes, mais qui nous ressemblent énormément par leur authenticité. On passe un temps à leurs côtés, sans vrai début ni réelle fin. On est spectateur d’une partie de leur vie. On voit la perdition dans leurs yeux, mais ces personnages ont une âme – une âme qui nous parle, qui m’a parlée au bon moment sans doute, là où l’œuvre trouvait le plus ses échos.

Les parents sont presque absents de ce tableau, c’est-à-dire qu’ils sont tout aussi irresponsables que leurs enfants. Ce sont certains carcans sociaux qui étouffent les quatre personnages adolescents.

  • Il y a April (Emma Roberts) et sa virginité moquée par ses amies, l’éternelle pression pour trouver une voie pour son avenir, la figure de son coach de football (fascinant James Franco) faisant office de prince charmant bien décevant, et enfin son propre égo maladroit face à l’attirance qu’elle a envers Teddy (le fils de Val Kilmer – qui fait  aussi une apparition dans le film – la révélation Jack Kilmer).

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  • Teddy est l’image même du « bon garçon » qui boit un peu trop et est capable de se fourrer dans toutes les mauvaises situations. Avec son casier judiciaire, il se retrouve obligé de faire des travaux d’intérêts généraux. Il est également attiré par April mais bien sûr, ne sait pas comment s’y prendre.
  • Fred (Nat Wolff) est le meilleur ami de Teddy. Il se rebelle contre la terre entière au détriment de tout bon sens. Il boit on ne sait quoi dans un putain de pot de fleurs, tronçonne des arbres pendant la nuit et roule à contre-sens sur l’autoroute (frissons à chaque fois). C’est décidément la meilleure performance du film : Nat Wolff crève l’écran par son talent. Il a réussi à rendre le personnage ambigu dans le bon sens ; attachant et détestable à la fois, drôle mais salement dérangé.
  • Enfin, Emily (intrigante Zoe Levin) a une vie sexuelle débridée pour combler son manque d’amis, mais n’est jamais tombée amoureuse, et les garçons comme Fred ne la respectent pas. Elle arrive finalement à se redresser et s’affirmer pour elle-même et c’est jouissif.

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A l’intérieur de cette bulle dans lesquels ils sont coincés, ils en explorent les limites et cherchent à s’échapper de la même façon : l’alcool, la drogue, le sexe, le vandalisme… La scène d’ouverture est géniale et assez représentative. Deux potes dans une voiture, un joint et une flasque, plus une discussion métaphorique typique des soirées d’ennuis où on aime s’imaginer ce qu’on sera ou ne sera jamais. BAM. Fred appuie sur l’accélérateur et fonce dans le mur du parking désert. Le titre du film s’affiche sur toute la largeur de l’écran. Le rire hystérique de Fred résonne tandis que Teddy reste immobile et sonné au premier plan. C’est parti, je suis déjà scotchée.

Ce qui fait la force de ce film est avant tout la réalisation. Gia Coppola rend chaque plan magique, des couleurs au cadrage, jusqu’à la soundtrack qui l’accompagne. Cela doit sans doute venir de son talent de photographe. Elle chérit ses personnages et cela transparaît à l’image. Ceux-ci sont bien plus importants que le scénario lui-même. Les sentiments sont purs. Alors bien sûr, on pourrait souhaiter plus de profondeur. Mais la réalisatrice laisse aussi une place à l’imagination. Et c’est la meilleure chose à faire dans ce type de teen-movie aérien.

J’ai hâte de voir ce qu’elle nous réserve par la suite.

Si vous voulez voir un peu plus ce que je lis et ce que je regarde, ça se passe sur SensCritique.

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