Les filles qui nous font taper du pied

J’ai passé le mois de juin à écrire mon mémoire de fin de licence. Il me fallait un fond musical pour accompagner l’écriture. La musique électronique me paraissait un bon compromis : cela tient parfaitement éveillé et il n’y a pas de paroles pour te déconcentrer.

J’ai jonglé entre plusieurs sets YouTube, et comme d’habitude, j’ai fini par me concentrer sur ce que les femmes produisaient en particulier. Il y avait tant de DJs féminines que je ne connaissais pas. Je ne suis pas très pointue dans le domaine de la techno house mais certaines découvertes ont (re)lancé ma passion.

Quelle place pour les productrices dans ce milieu très masculin? Celles-ci sont toujours sous-représentées, malgré la reconnaissance de pionnières et la popularité grandissante de plusieurs femmes DJs… On est encore très loin de la parité, et l’évolution est lente. Très lente.

C’est toujours déprimant de lire, en-dessous des vidéos, les commentaires objectifiants d’hommes qui se pensent légitimes à commenter leur physique, ou critiquer systématiquement leur technique (souvent les deux sont liés) – alors que les hommes DJs sont loin de recevoir les mêmes remarques désobligeantes.

En lisant la tribune de Magda Redaelli, musicienne italienne qui étudie les gender studies, on se rend compte que cela touche au même problème que pour toutes les autres productions féminines au sein de l’industrie culturelle. L’héritage féminin (ici, dans la musique électronique) a été effacé au profit de celui des hommes, il y a donc un manque entretenu de visibilité des productrices. Cela donne une vision générale de la scène comme étant majoritairement “masculine”, et on observe en conséquence un manque de participation féminine…

Mollie Wells le résume bien : “La musique produite par les femmes n’est pas un genre. Arrêtons de faire comme s’il s’agissait d’une mode passagère.”

J’ai décidé de faire ma petite sélection de sets qui m’ont particulièrement plu. Il y en a pour tous les goûts :

  • SAM DIVINE 

Sam Divine a appris à mixer à 21 ans, dans l’abri de jardin de sa mère. Elle a été signée comme résidente dans plusieurs clubs à Ibiza et fait désormais la tournée des plus grands festivals. Elle a la réputation de savoir exactement quel son jouer et quand le jouer. Sa capacité à donner de l’énergie à des foules est bien connue.

Tout cela se ressent dans ce set house choisi pour ses accents groovy, avec un mix de Dead Prez qui vous fera sauter au plafond.

 

  • ALISON WONDERLAND

Alison Wonderland est d’origine australienne et a gagné en popularité dans le monde entier. Avec ses t-shirts Adidas oversize, elle ne veut pas être étiquetée comme une “femme DJ”. Elle souhaite qu’on se concentre avant tout sur sa musique. En effet, c’est dans ses sets qu’Alison se révèle comme transportée, passionnée par le son qu’elle partage avec son public.

Mêlant EDM, bass et trap – des genres que j’affectionne particulièrement – elle arrive à faire danser comme jamais.

 

  • MIJA

Mija est une autre jeune productrice qui n’aime pas les catégories. Littéralement, elle revendique l’expression “FK A GENRE” pour qualifier sa musique. Et c’est rafraîchissant. Elle a été découverte à 22 ans par Skrillex, qui après l’avoir vu dans un festival, lui a demandé de jouer un set en back-to-back avec lui.

Il faut l’écouter pour le croire : ce set est explosif par sa variété et sa qualité.

 

  • AMELIE LENS

Amelie Lens est décrite comme “l’étoile montante de la techno belge”. Les comparaisons avec Nina Kraviz vont bon train. En deux ou trois ans, elle a su remplir les salles et les scènes des festivals. Et elle n’est pas non plus là pour se conformer aux stéréotypes de genre en ce qui concerne sa musique.

Ce set représente bien sa vision de la techno : sombre, dansante, expressive. Bref, irrésistible.

 

  • LOUISAHHH!!!

Comment écrire cet article sans parler de Louisahhh!!! ? Elle s’est fait connaître via le feu label Bromance (là aussi majoritairement masculin). Elle a aussi créé son propre label, RAAR, avec le DJ Maelstrom. C’est une des premières productrices auxquelles je me suis intéressée, et que j’ai eu la chance de la voir en live.

Une vraie démonstration de sa techno qui tabasse, ce set est addictif du début à la fin.

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