Coup de cœur #3 : The Get Down

L’été est synonyme de binge-watching de séries TV. J’avais donc envie de (re)parler d’une en particulier, dont je ne cesse de faire la promotion. Un coup de cœur au même titre qu’Hell on Wheels, mais dans un genre tout à fait différent.

Si vous êtes accro à Netflix, vous en avez sûrement entendu parler. The Get Down est une série qui a été lancée en 2016 par Baz Luhrmann, le réalisateur de Moulin Rouge, ou plus récemment, The Great Gatsby. L’épisode pilote de la série est également réalisé par lui. Il appose ses remarquables touches d’extravagance et d’excentricité à l’histoire, en respectant tout à fait le contexte et les exigences liés à la narration de l’émergence du hip-hop dans les années 1970 au sein du quartier du Bronx à New-York.

Si vous êtes intéressé.e.s par ce thème, c’est déjà un must-see. Autrement, c’est l’occasion d’en apprendre plus sur le contexte politique et social dans lequel la musique hip-hop s’est construite. Les références sont travaillées, notamment grâce au DJ Grandmaster Flash qu’on retrouve à l’écran mais aussi en coulisses, le vrai ayant contribué à la série. D’autres piliers du genre sont présents, tels que DJ Kool Herc et Afrika Bambataa. On peut également y voir une immersion dans l’univers de l’industrie du disque, par l’exemple de la musique disco qui en est à son apogée.

Le casting de The Get Down est majoritairement composé d’acteurs et d’actrices non-blanch.e.s, avec pour têtes connues Jaden Smith (fils de Will Smith, acteur et rappeur himself) et Shameik Moore (vu dans le film Dope), incroyable dans son rôle de Shaolin Fantastic. De plus, pour les deux acteurs “stars” de la série – Justice Smith (Zeke) et Herizen Guardiola (Mylene) – c’est une vraie révélation, aussi bien musicale qu’en termes d’acting. Enfin, tous les personnages (même les plus secondaires) sont hauts en couleur et avec de forts caractères, ce qui approfondit inévitablement notre attachement à leur égard. 

J’ai pu lire des critiques insistant sur la “romancisation” appuyée de la série. Comme je l’ai expliqué, cela est plutôt du à la “patte” de Baz Luhrmann : un style auquel on peut ne pas accrocher mais qui, à mon avis, permet d’exprimer toute une palette d’émotions dans un rythme toujours soutenu. C’est ce qui donne à la série une aura si énergique, originale et décalée des autres productions actuelles. On assiste à des moments véritablement jouissifs, des performances musicales énormes et de qualité (ce qui est à souligner lorsque l’on a l’habitude de s’ennuyer devant des comédies musicales comme moi), mais aussi à des scènes plus émouvantes. La mise en scène punchy permet aussi certaines prises de liberté, comme par exemple l’introduction de scènes animées (une mise en abyme de la BD de Dizzee) dans la seconde partie de la saison.

Le scénario est également loin d’être idéaliste. Bien que Zeke et Mylene représentent l’espoir de sortir du ghetto, le personnage de Shaolin Fantastic est là pour nous rappeler le côté sombre du Bronx, qui laisse de nombreux destins brisés derrière lui malgré l’ambition et la rage de s’en sortir. Animé par son amour pour le DJing, mais lié au deal de drogues depuis son plus jeune âge, il est difficile pour Shaolin de se détacher de cette activité. Et encore plus lorsque celle-ci est portée par la reine des gangsters “Fat Annie”, figure effrayante de mère incestueuse. On comprend alors que son passé est trop lourd pour qu’il soit oublié aussi facilement…

La musique hip-hop est donc une porte d’entrée pour aborder une variété de sujets : le désespoir lié à la vie dans le Bronx, la classe politique corrompue, le trafic de drogues meurtrier, la vie de la communauté LGBTQ de l’époque, etc. Pour autant, c’est une des rares séries qui montre une façon de sortir de la pauvreté qui est POSITIVE pour les personnages, n’impliquant pas d’abandonner son identité, ni de trahir ses proches. Zeke et Mylene refusent tous les deux, lors de leur chemin vers le succès, de se “vendre” aux adultes blancs (garants du pouvoir économique, social et politique) qui souhaitent utiliser leur image à leur profit. Ils réussissent à atteindre leurs rêves en se servant de la solidarité de leurs pairs ainsi que de leur propre intelligence, afin de détourner les règles du jeu de manière à se faire respecter tout en gardant leur intégrité. Un manque de réalisme ? Non, une représentation bienvenue de personnes racisé.e.s talentueux.ses et maîtres de leurs choix.

Pour conclure, je dirais que The Get Down est une série rafraîchissante de 12 épisodes qui méritait fortement une suite, car elle rendait intensément heureux.

 

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5 œuvres d’autrices qui manquent à votre bibliothèque

J’avais vu passer le hashtag #AuFilDesAutrices lancé par @miroslavazetkin (cf. son très bon article sur pourquoi il est important d’utiliser le mot autrice), pile dans la période où j’enchaînais les romans écrits par des femmes. Au début il n’y avait pas vraiment eu de réflexion derrière ma démarche, j’avais décidé cela plutôt inconsciemment en faisant une sélection à la Fnac. C’était ces livres-là qui me donnaient particulièrement envie à ce moment précis. J’avais besoin de ces plumes féminines (féministes ?) dans ma vie. Avec des héroïnes qui me ressemblent – ou pas, mais avec des personnalités fouillées et une réflexivité ; qui ne remplissent pas le rôle de fantasme secondaire bas de gamme ou un bingo de stéréotypes genrés.

Je me suis rendue compte à mon tour des faits : à quel point ces romans sont sous-cotés par rapport à ceux du même style écrits par des hommes. Il y en a que je n’aurais jamais connu sans les conseils de ma mère ou un minimum de recherche littéraire sur Internet. Il est très rare qu’on ne fasse même que mentionner l’œuvre d’une autrice dans les programmes scolaires : la polémique de cette année sur le bac de français a mis en lumière ce problème. J’ai eu de la chance, personnellement, d’avoir eu une professeure de français géniale en première littéraire qui nous avait imposé L’œuvre au noir de Marguerite Yourcenar – certainement un des romans les plus riches que j’ai pu lire, encore aujourd’hui.

Cela me choque qu’on mette toujours les mêmes auteurs hommes et leurs best-sellers en premier plan. Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas assez d’autrices extraordinaires dans le paysage littéraire pour ne pas leur faire un peu de place sur le devant des rayons. Mais ce n’est malheureusement pas une surprise quand on voit que le phénomène touche également tous les autres domaines de la culture.

Après les paroles… Je vous présente la review de cinq livres d’autrices du XXème siècle lus ces derniers mois. (Oui, j’aime le chiffre cinq. J’espère que vous aussi.)

  • Mrs Dalloway, Virginia Woolf (1925) [lu en traduction française]

“She felt very young; at the same time unspeakably aged. She sliced like a knife through everything; at the same time was outside, looking on. She had a perpetual sense,… of being out, out, far out to sea and alone.”

Plus besoin de présenter Virginia Woolf, heureusement : c’est une figure marquante de la littérature et du féminisme, souffrant aussi de troubles mentaux (elle se suicide à l’âge de cinquante-neuf ans). Mrs. Dalloway est l’un de ses romans les plus (re)connus, c’est pour cette raison que j’ai décidé d’entrer dans son univers avec celui-ci.

L’intrigue du roman tient en une phrase : la journée de Clarissa Dalloway, femme de la haute société londonienne qui décide d’organiser une réception le soir même. Elle se rappelle sa jeunesse passée à la campagne, sa relation avec son amie d’alors Sally Seton, et elle questionne son choix d’époux (le sérieux Richard Dalloway plutôt que l’imprévisible Peter Walsh – qui passe aussi lui faire une visite). En parallèle, on suit le personnage de Septimus Warren Smith, un vétéran de la Première guerre mondiale qui souffre d’hallucinations, et sa femme italienne Lucrezia désespérée par sa situation.

La première chose qui m’a marquée c’est la véritable fluidité de l’écriture qui va de pair avec la structure originale du roman. On alterne entre différents points de vue internes, ce qui fait que nous sommes littéralement dans la tête de plusieurs personnages et c’est incroyable de voir ces pensées décortiquées avec autant de minutie. Les actions ne comptent ici pas plus que les intentions. Toute la place est laissée à la psychologie humaine.

  • Le carnet d’or (The Golden Notebook), Doris Lessing (1962) [lu en traduction française]

“Ce qui est terrible, c’est de prendre la médiocrité pour de la grandeur. C’est de prétendre que l’on n’a pas besoin d’amour, alors que c’est faux ; ou de prétendre que l’on aime son travail alors qu’on se sait capable de mieux.”

La britannique Doris Lessing a gagné le prix Nobel de littérature peu de temps avant sa mort, en 2007. Cette autrice a traversé le vingtième siècle en publiant des œuvres incroyablement diversifiées.

Le monde littéraire s’accorde pour affirmer que Le carnet d’or est son chef d’œuvre. Elle a souvent été associée au mouvement féministe sans le revendiquer (pas par manque de reconnaissance, mais plutôt par esprit rebelle refusant les étiquettes). Elle laisse un témoignage fort de son époque en traitant des relations hommes-femmes pendant les années cinquante, en montrant le quotidien des « femmes libres » et des femmes mariées.

Mais Le carnet d’or ne peut être réduit à cet aspect. C’est un récit extrêmement long et fourni, un monstre de psychologie qui casse complètement les codes du roman. Sa structure est décomposée en une « nouvelle » suivie et les quatre carnets d’Anna, l’héroïne: le carnet noir s’intéresse à sa jeunesse en Afrique pendant la guerre ainsi qu’à son premier roman inspiré de cette aventure (l’occasion de traiter de la question raciale, entre autres) ; le carnet rouge parle de son engagement politique au sein du Parti Communiste dans le contexte particulier de la guerre froide ; le carnet jaune traite de son nouveau roman basé sur ses propres expériences sentimentales ; le carnet bleu est ce qui ressemble le plus à un journal intime avec le décorticage de ses souvenirs, ses pensées, ses rêves (lors de ses séances psychiatriques notamment). Un cinquième carnet, le carnet d’or donc, clôture enfin le roman.

La narration n’est pas forcément chronologique, on reconstruit la vie d’Anna petit bout par petit bout. On rentre véritablement dans sa tête. Le réalisme et les descriptions toujours justes font que l’on partage ses maux les plus personnels. La lecture peut ainsi être éprouvante, déjà pour la multitude de thèmes abordés mais surtout pour la réflexion que cela engendre sur ses propres motivations (en tout cas, cela a été le cas pour moi). Je n’avais jamais vu une telle profondeur, une telle sensibilité dans un roman, et c’est loin d’être péjoratif : le niveau d’excellence atteint est presque divin.

  • The Bell Jar, Sylvia Plath (1963) [lu en version originale]

“The last thing I wanted was infinite security and to be the place an arrow shoots off from. I wanted change and excitement and to shoot off in all directions myself, like the colored arrows from a Fourth of July rocket.”

J’étais tombée sur quelques poèmes de Sylvia Plath au détour d’un Tumblr, et j’étais déjà fascinée par sa plume qui dégage une sensibilité puissante (le poème Mad Girl’s Love Song, par exemple, reste l’un de mes préférés). Longtemps intriguée par son unique roman, j’ai eu tout de suite l’intuition que j’allais l’aimer lorsque je l’ai enfin eu dans les mains. Et je ne m’étais pas trompée. J’ai pu constater avec plaisir qu’il garde la même aura.

Nous découvrons Esther Greenwood (sorte de double fictionnel de l’auteur) lors de son aventure new-yorkaise. Elle qui est censée vivre le moment de sa vie dans une ville extraordinaire, elle se laisse happer petit à petit par ses tourments intérieurs. En décalage avec les autres filles qu’elle côtoie et pressée par ses aînées pour définir son avenir, encore confuse dans ses relations avec les hommes… Elle finit par se perdre. De retour dans sa ville natale, un échec porte un coup fatal à sa santé mentale. On est ensuite immergé dans les pensées suicidaires d’Esther et on découvre dans le même temps la réalité des traitements psychiatriques inhumains de l’époque, particulièrement pour les jeunes filles comme elle.

Au-delà des péripéties d’Esther, ce qui prend le plus de place dans ce roman c’est son regard sur la société qui l’entoure et ses codes qu’elle ne comprend pas toujours. Le rôle de la femme au sein de la société est central et constamment remis en question. Elle mentionne les doubles-standards qui entourent les relations hommes-femmes : la femme doit garder sa virginité pour son mari, mais l’homme n’y est pas obligé car ils ont des besoins soi-disant différents, etc.

The Bell Jar (La Cloche de Détresse en version française) se lit facilement mais traite de sujets difficiles. Il reste longtemps en mémoire et il devient encore plus troublant lorsqu’on sait que Sylvia Plath s’est suicidée un an après son écriture et que celui-ci a été publié post-mortem.

  • The Handmaid’s Tale, Margaret Atwood (1985) [lu en version originale]

“I avoid looking down at my body, not so much because it’s shameful or immodest but because I don’t want to see it. I don’t want to look at something that determines me so completely.”

Margaret Atwood est une autrice canadienne très prolifique. The Handmaid’s Tale (La Servante écarlate en version française) est une dystopie tout comme 1984 et c’est certainement son roman le plus acclamé.

L’action est située à Gilead, une théocratie chrétienne et militaire totalitaire qui a renversé le gouvernement d’un Etat des Etats-Unis. Les droits des femmes ont été progressivement retirés. La société est divisée en nouvelles classes sociales. Les  Commandants sont les gouverneurs haut-placés ; leurs Epouses (en bleu) dominent la Maison ; les Marthas (en vert) sont les domestiques ; les Servantes (Handmaids – en rouge) sont à leur service pour remplir la fonction de reproduction : dû à un déclin de naissances à cause de la pollution et de l’augmentation de la stérilité, le régime fait appel à ces femmes déclarées fertiles. Elles sont placées au centre de la société avec nombre d’évènements mis en scène autour d’elles, même si elles sont totalement soumises et n’ont aucun pouvoir. Ce sont les Tantes (sortes de femmes militaires) qui les encadrent avant leur répartition. Les autres femmes (âgées, infertiles…) sont envoyées aux Colonies où elles trient des déchets toxiques.

On suit le quotidien d’Offred (littéralement De-Fred ; leur prénom est remplacé par un possessif accolé au prénom de leur Commandant), une Servante qui se raccroche aux souvenirs de sa vie passée de notre temps : le temps où elle avait un mari, une fille, un travail, sa liberté. Désormais il est interdit aux femmes de lire ou d’écrire. Elle se rappelle ses discussions avec Moïra, sa meilleure amie lesbienne et impertinente ; et sa mère, militante féministe. Elle croise sur son chemin Nick, serviteur attaché au Commandant et Ofglen, autre Servante faisant partie d’un réseau de résistance.

Le récit est intelligent dans son cadrage et ce qu’il choisit de montrer. Les choix de mots sont primordiaux. La société dystopique est parfaitement réaliste. Atwood dit s’être inspirée, entre autres, des mouvements chrétiens puritains aux Etats-Unis. Ce roman explore de nombreuses thématiques et permet d’alimenter la réflexion sur le rôle des femmes dans la société et l’instrumentalisation de leur corps à des fins politiques.

  • L’histoire de Bone (Bastard out of Carolina), Dorothy Allison (1992) [lu en traduction française]

Men could do anything, and everything they did, no matter how violent or mistaken, was viewed with humor and understanding.”

Dorothy Allison est une autrice reconnue aux Etats-Unis, également militante lesbienne et féministe. L’histoire de Bone est son premier roman semi-autobiographique, largement inspiré de son enfance en Caroline du Sud dans les années cinquante. C’est ma mère qui m’avait conseillée cette lecture, je ne connaissais pas du tout l’autrice et je ne m’attendais pas à en ressortir si chamboulée.

Bone est née d’une relation hors-mariage, c’est donc une « bâtarde ». Sa mère avait quinze ans lorsqu’elle l’a mise au monde.  C’est une petite fille qui m’a un peu rappelée Scout dans Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee, pour cette même lucidité éclairée lorsqu’elle pointe du doigt tout ce qui ne va pas dans la société américaine sudiste. Sauf que le drame de Bone est avant tout familial. Il n’y a jamais de misérabilisme, seulement des émotions sincères. Elle raconte sa vie comme elle est, avec des phrases courtes qui vont droit au but.

La description des petites choses qui forment le quotidien dans le patelin est importante: l’odeur de la grand-mère, les jeux avec les cousins, les discussions avec les tantes, le whisky que descendent quotidiennement les oncles, l’amour pour la musique gospel… Puis des choses plus sombres se trament en arrière-plan: la pauvreté omniprésente, les petits boulots éreintants et précaires, les déménagements constants, le cancer, la folie et la mort… Enfin, il y a les abus physiques et psychologiques que Bone subit par ‘papa Glen’, le compagnon de sa mère.

En reposant ce livre, on réalise à quel point les relations humaines peuvent être complexes, que les choix que nous décidons de faire et que les chemins que nous décidons de prendre ne peuvent pas toujours souffrir de jugements de valeur.

“C’est qui ton acteur préféré ?”

Quand on me pose cette question, je réponds sans hésitation : Edward Norton.

Ce n’est pas l’acteur hollywoodien qui a la plus belle gueule ni le plus de films à succès à son compteur, mais il est plein de charme et il a fait de grands projets, éclectiques et de qualité. J’irais même plus loin en disant que son jeu apporte le petit plus qui fait qu’un film passe de « bon » à « génial ». Ses capacités de métamorphose sont déconcertantes. Il passe d’une expression à l’autre avec facilité et il peut tout jouer, du faible d’esprit au manipulateur sûr de lui. J’ai parfois l’impression qu’il n’a pas la reconnaissance qu’il mérite. Il se fait discret sur la scène médiatique, mais il s’est engagé dans plusieurs actions humanitaires et environnementales.

J’avais envie d’évoquer ces films qui font pour moi sa légende, et qui font partie pour certains de mes films favoris.

I choose to believe that not all crimes are committed by bad people. And I try to understand that some very, very good people do some very bad things.

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Ne pas se fier à ce visage innocent…
  • Un brillant avocat de Chicago (Richard Gere) se porte volontaire pour défendre un jeune homme (Edward Norton) accusé du meurtre d’un ponte de l’Eglise.

Le film a pris un petit coup de vieux dans sa mise en scène, mais il reste agréable à suivre : c’est un bon film sur le système judiciaire. Il aurait pu se conclure sans faire plus d’étincelles et tomber dans l’oubli, mais c’était sans compter sur la présence d’Edward Norton, qui apparaît ici dans son premier film et vole sans effort la vedette à Richard Gere. Il est fascinant de voir s’affirmer ici son jeu déjà parfaitement équilibré, jamais dans la surenchère. Cela lui a valu de gagner le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle. Il arrive à nous balader tout le long. On doute, on se dit que c’est trop beau pour être vrai, on se range à l’avis de l’un puis de l’autre, et on doute à nouveau. Enfin, quand on se dit que tout est réglé, le fameux twist final vient nous mettre une claque. Et on se dit « putain, ouais, ils ont osé ! ».

Hate is baggage. Life’s too short to be pissed off all the time. It’s just not worth it.

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  • Dereck (Edward Norton), un néo-nazi repenti après un passage en prison, est décidé à changer de vie et à sortir son jeune frère Danny (Edward Furlong) de cette spirale.

American History X doit être dans le top de mes films préférés, je ne saurais pas expliquer la claque que je me suis prise quand je l’ai visionné. J’aime beaucoup la réalisation qui mêle le passé violemment raciste de Dereck en noir et blanc, et sa présente rédemption en couleurs. On reproche la crédibilité du scénario – le changement d’état d’esprit rapide de Dereck après son passage en prison – mais je trouve cela dommage de se concentrer sur ce point, qui compte peu au final. Ce qui est important ici c’est tous les aspects sociologiques qu’on peut déceler ; de voir de quelle façon la haine raciale arrive à gangrener une société entière. C’est avec cette prestation puissante que le talent d’Edward Norton s’est révélé au grand public. Ce premier grand rôle lui a permis d’être nommé pour l’Oscar du meilleur acteur.

Listen up, maggots. You are not special. You are not a beautiful or unique snowflake. You’re the same decaying organic matter as everything else.

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  • La vie d’un employé de bureau (Edward Norton) est bouleversée lorsqu’il rencontre Tyler Durden (Brad Pitt). Ils forment ensemble le Fight Club, un club de lutte clandestine.

On a énormément disserté sur ce film. C’est un film culte pour toute une génération. Impossible d’être passé à côté. Je ne vais pas m’aventurer à une analyse ou une interprétation poussive, ce serait foireux. Il mérite certainement plusieurs visionnages attentifs pour cela. Le trio d’acteurs (avec Helena Bonham Carter) est incroyable. Edward Norton avec ses cernes de trois mètres de longs et son corps sec arrive à tenir complètement la barre face au beau gosse Brad Pitt. On trouve un réservoir inépuisable de citations anticapitalistes, il y a du sang et de la sueur, on ne s’ennuie pas et on réfléchit beaucoup… Jusqu’au WTF final. Ce film te met à terre et on n’en sort jamais indemne.

Fuck you and this whole city and everyone in it.

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  • La dernière nuit de liberté de Monty (Edward Norton), un trafiquant de drogue, avant qu’il ne purge une peine de prison de sept ans. Une soirée est organisée à cette occasion dans un club, tout son entourage y est réuni : son père, avec qui il va tenter de renouer des liens, ses deux anciens amis (Barry Pepper et Philip Seymour Hoffman), et sa compagne (Rosario Dawson)…

On retrouve Edward Norton en premier plan avec toujours de très bons acteurs pour le soutenir. Le rythme est intense : on ressent la même tension que Monty face à sa situation. Le film commence là où tous s’arrêtent habituellement : comment réagit un mafieux qui se fait prendre ? Il y a quelques flash-backs pour comprendre comment il en est arrivé là. On voit les réactions de son entourage, notamment ses deux potes qui ont aussi chacun leurs problèmes. On ressent tour à tour la misère personnelle des personnages. Les dialogues sont très bien écrits, et s’enchaînent parfois de manière « tarantinesque », si je peux me permettre la comparaison. Cela contrebalance le côté dramatique. Le monologue de Monty face à un miroir a inspiré beaucoup de monde (comme Orelsan et sa chanson Suicide Social ).

Popularity is the slutty little cousin of prestige.

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On se fait un petit remake de Fight Club?
  • Riggan Thomson (Michael Keaton), acteur autrefois connu pour avoir joué un super-héros, tente de retrouver sa célébrité en montant une pièce à Broadway.

Après quelques années de baisse de régime, à jouer dans des films de casse très moyens notamment (Braquage à l’italienne, The Score), Edward Norton paraît remonter la pente dernièrement. Il a joué des seconds rôles dans des films de Wes Anderson (The Grand Budapest Hotel, Moonrise Kingdom), avant de décrocher le rôle de Mike, comédien talentueux mais arrogant, dans Birdman. Celui-ci admet être « real » uniquement sur scène, c’est dans la vie qu’il joue un rôle. De bonnes questions sont posées sur la célébrité et le besoin de reconnaissance. J’ai été enchantée personnellement. Le film est magique de bout en bout : il est monté comme un long plan-séquence et Edward Norton y ajoute aussi sa dose de folie. Pour cela, il a été nommé pour l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle – et c’est une honte qu’il ne l’ait pas gagné, mais au moins plusieurs voix se sont élevées pour faire ses louanges !

Pour finir, une petite vidéo qui récapitule les dix meilleures prestations d’Edward Norton (minus Birdman) :

Coup de cœur #2 : Hell On Wheels

Lancée en 2011, le dernier épisode de la série a été diffusé le mois dernier et je ne pouvais pas ne pas écrire sur cette série qui m’a passionnée durant cinq saisons – alors que ce n’était pas forcément gagné au départ.

Je l’ai découverte complètement par hasard un soir, sur la chaîne D8. Je ne suis pas fan de western à la base, donc je n’avais pas d’attentes particulières. Mais ce fut une réelle surprise qui fait que je ne l’ai plus lâchée.

Hell On Wheels est une série dite « historique », elle suit la trame de faits réels, ici : la construction du premier chemin de fer transcontinental reliant l’Est et l’Ouest des Etats-Unis. L’histoire commence juste après la guerre de Sécession. On suit la trace de Cullen Bohannon, un soldat confédéré ancien propriétaire d’esclaves qui souhaite se venger après que sa femme et son fils aient été massacrés par des soldats de l’Union. Sa quête l’amène sur le chantier ferroviaire de l’Union Pacific et il se fait rapidement embaucher comme chef d’équipe.

Le scénario de vengeance tient finalement peu de place dans la première saison, c’est plutôt un prétexte pour amener à tout un monde à découvrir : « Hell On Wheels » est un bidonville de travailleurs et de voleurs, de prêtres et de prostituées… Un endroit dangereux, comme l’annonce le panneau de la population où l’on peut lire « un de moins chaque jour ».

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La série aborde le long de ses saisons de nombreuses thématiques intéressantes et peu traitées dans le paysage des séries en général : le sort des Afro-Américains, la cohabitation de groupes de travailleurs immigrés (irlandais, allemands, chinois…), la guerre avec les Indiens, la communauté mormone, la concurrence entre l’Union Pacific et la Central Pacific…

A côté du personnage principal incarné donc par Anson Mount (illustre inconnu qui se révèle excellent acteur dans un rôle qui lui va comme une seconde peau), on retrouve une galerie de personnages secondaires, savoureux et développés : Thomas Durant (Colm Meaney), le businessman véreux à la tête de l’Union Pacific ; Elam Ferguson (le rappeur Common), esclave libéré et amer face à sa condition ; Thor Gundersen dit « The Swede » (mais venant en fait de Norvège), le Némésis de Bohannon ; Eva, capturée puis vendue à une tribu indienne et maintenant prostituée ; Lily Bell, veuve du géomètre qui prend à son tour ce rôle sur le chemin de fer. (Sans parler de John Campbell joué par Jake Weber dans la saison 4, en intransigeant gouverneur, je l’aime).

C’est certainement la série la plus sous-estimée que je connaisse. Elle appartient à la chaîne AMC, aux côtés de The Walking Dead, Mad Men et Breaking Bad, ce qui est pourtant un gage de qualité. Elle a pâti, je pense, de critiques peu enthousiastes (à mon avis souvent à côté de la plaque) et de la comparaison avec l’autre série culte étiquetée western, Deadwood.

Par rapport à ses grandes sœurs, elle est pourtant de toute aussi bonne qualité. L’intrigue est pleine de rebondissements, parfois cruels : les scénaristes n’hésitent pas à éliminer des personnages clés. Les enjeux des saisons se renouvellent bien et sont toujours amenés intelligemment, sans perdre de vue l’évolution des personnages (même s’il y a des moments de creux, bien sûr, mais quelle série n’en a pas ?). Enfin, la photographie est magnifique et l’ambiance de l’époque est parfaitement reconstituée.

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Cullen Bohannon est certainement mon personnage masculin de série préféré. Tout en nuances. Ce n’est pas un héros bien lisse et blanc comme neige : c’est un tueur. Mais il possède à côté de cela de hautes valeurs morales. Il ressemble un peu au cliché du cow-boy solitaire au premier abord, d’accord. Mais il est tellement attachant, et on en vient à avoir mal au cœur pour lui quand on voit son quota de malchance très élevé dans ses relations humaines. En cinq saisons on l’a vu passer par tous les états, et c’est incroyable comme il arrive à retranscrire ses émotions parfois avec de simples expressions du visage, ou un regard. J’ai rarement vu un personnage aussi charismatique et avec un background aussi tragique.

Bref, je ne cesse de le répéter à qui veut l’entendre : regardez cette série.  ♥