Erasmus : une année en Allemagne

J’étudie dans une école où la seconde année se fait obligatoirement à l’étranger. C’est ce qui m’avait motivée en partie à passer le concours d’entrée. Mais c’est quelque chose de plus en plus courant dans les cursus universitaires : le programme Erasmus attire énormément d’étudiants en Europe, que ce soit pour un semestre ou une année entière. J’arrive à la fin de mon année et j’avais fortement envie d’écrire un bilan personnel qui se perdra sans doute dans les autres expériences d’étudiants qui émaillent la toile, mais qui pourra peut-être aussi en intéresser quelques-uns.

  • L’avant-départ (pas très fun)

Ce n’est pas forcément une partie de plaisir au début. Il faut faire preuve d’organisation pour survivre au bazar administratif, entre le choix des vœux, l’attribution des bourses, l’inscription et le remplissage des Learning Agreement. Cela promet pas mal de stress, de sueur et de signatures à renvoyer. Mais pas de panique non plus, il n’y a rien de décourageant si on y met un minimum de sérieux.

Le choix de la destination est bien sûr important et stratégique, comme pour tout malheureusement. Les places ne sont pas illimitées et il va sans dire que certaines destinations sont plus demandées que d’autres. Il faut arriver à bien se connaître pour être sûr de ne pas regretter le résultat ensuite. Il ne faut pas hésiter à se poser quelques questions en regardant la liste des partenariats avant de foncer tête baissée :

  • Quelles destinations me font rêver, et pour quelles raisons ? (langue, culture, placement géographique de la ville, qualité de l’université…) Il ne faut pas hésiter à forcer sur tous ces traits dans la lettre de motivation, qui est déterminante.
  • Est-ce que je me vois habiter un an là-bas ? Là, on doit être assez lucide sur notre maturité, nos capacités d’adaptation à la distance, à une autre langue, culture, climat… sur le long-terme.
  • Est-ce que cela m’est abordable ? C’est le moment d’effectuer une petite comparaison en fonction du coût, de son niveau de langue, du nombre de demandes…

Moi je savais très bien que je ne supporterais pas vraiment d’être trop loin de la France, surtout qu’il y avait peu de places et peu d’élus, la majorité des partenariats étant européens. Je n’étais pas vraiment attirée par la Grande-Bretagne (coût de la vie trop cher et pas assez d’attrait pour la culture), ni par les pays scandinaves (je ne suis pas une grande fan du froid et de la neige même si j’aimerais bien y découvrir la culture, mais des vacances me semblaient plus appropriées qu’une année).

L’Allemagne m’est apparue comme le compromis idéal. Je savais que le pays me plaisait, je m’étais déjà rendue à Berlin deux fois et c’était devenu ma ville favorite. Le seul problème était mon niveau d’allemand qui était plutôt faible. Mais je voyais cela comme un challenge : une année en immersion me permettrait d’augmenter mon niveau tout en m’améliorant aussi en anglais, où j’étais déjà à l’aise. Comme il n’y avait pas de partenariat avec une université de la capitale, j’avais mis l’université de Potsdam (à vingt minutes de Berlin) en premier choix. J’avais choisi deux villes que je pensais moins demandées ensuite : Bonn et Erfurt. J’avais mis le paquet sur mes choix germaniques mais on nous demandait aussi des choix anglophones obligatoires, j’avais alors mis les Pays-Bas.

Mon niveau d’allemand m’a effectivement coûté ma place à Postdam, mais j’ai été acceptée dans mon deuxième choix : l’université de Bonn. Je n’avais pas d’attentes particulières, je n’étais ni déçue, ni ultra-excitée. C’est peut-être ce qui m’a fait autant apprécier l’expérience par la suite.

Après une inscription assez chaotique (j’avais envoyé mon dossier à la dernière minute car un mail de l’université s’était retrouvé dans mes spams – conseil : vérifiez vos spams !), la recherche d’un toit assez chaotique également (prenez-y vous à l’avance et/ou rendez-vous sur place si vous le pouvez), et des vacances d’été interminables car les Allemands commencent leur année scolaire en octobre… C’était parti !

13427775_10210214997870497_1304173131619227976_n
Vue sur le Rhin – Drachenfels, Königswinter, Nordrhein-Westfalen
  • Les (excitants) premiers pas

Huit heures de route plus tard, je m’installais enfin dans ma petite chambre de Studentenwohnheim (les résidences étudiantes allemandes) où je partage la cuisine et la salle de bain. Nous sommes neuf dans mon étage dont deux Américains, des Chinois et des Indiens – pas d’Allemands, malheureusement. Je me suis adaptée plutôt facilement, même si la cuisine a l’air de ne pas avoir été nettoyée depuis cinq ans. Mes « colocataires » ne seront jamais mes amis. Je les croise très rarement, nous n’avons pas le même rythme de vie, tous n’ont pas forcément envie d’être sociable. Certains auront néanmoins la bonté de partager leur Wi-Fi et leurs vieux ustensiles de cuisine avec moi.

J’ai appris à connaître un peu mieux mes camarades sciences-pistes, et ce fut une vraie bonne surprise. Cela m’a certainement aidée à m’intégrer un peu plus vite dans la ville et la vie Erasmus, car je savais qu’elles seraient derrière moi quoi qu’il arrive. Ça aide à se sentir moins seule, ça aide dans la galère des cours, et quand on se sent un peu trop nostalgique on peut parler ensemble de la France et de notre école.

La Welcome Week est arrivée rapidement, ce qui m’a permis de découvrir Bonn mais également Cologne un peu plus en profondeur. Les Allemands ont la réputation d’être assez froids au premier abord, mais je les ai trouvé au contraire très accueillants : que ce soit le personnel de l’université très disponible, ou les « tutrices » de mon groupe lors de la semaine, c’était vraiment facile de leur parler. J’ai même le souvenir d’un allemand, ami avec une de mes tutrices, qui nous avait invité dans son appartement après un pub crawl alors même qu’il ne nous connaissait pas. Il nous a laissé dormir chez lui, nous offrant ses couvertures etc. Trop gentil. Ce fut la même impression plus tard avec mes partenaires de Referat (exposés) qui se sont montrés très patients et aidants avec moi.

13728233_1037154346353433_949049787_o
Kirschblüten, Bonn Altstadt
  • (Ré)apprendre à communiquer

Je parlais en anglais, d’abord. Je ne me sentais pas encore de commencer des conversations en allemand, alors que je ne pouvais pas m’exprimer correctement. J’ai commencé par apprendre les petites expressions d’usage, lorsqu’on commande quelque chose au restaurant ou dans les magasins. Les interjections sont toujours utiles aussi. Si je devais faire un bilan de mon niveau de langue maintenant, je dirais qu’il s’est quand même bien amélioré étant donné qu’avant cela me demandait des efforts incommensurables pour simplement lire un texte ou dire une phrase correcte. On peut dire que je n’ai plus ce blocage à présent, à force de lire et d’entendre de l’allemand partout. Mais je suis encore loin d’être bilingue. J’ai gagné beaucoup de vocabulaire, mais mon expression orale laisse encore à désirer malheureusement. Je n’ai pas eu vraiment l’occasion de me lier d’amitié avec des allemands, et donc d’avoir de vraies conversations quotidiennement. Cela reste très basique en général. Mais je ne déteste plus du tout cette langue, et c’est le plus important.

La plupart du temps je parle en anglais avec les autres Erasmus, et de ce côté-là je me suis effectivement aussi améliorée. Mon oreille s’est accoutumée à différents accents, entre les anglais et les irlandais qui font partie de mon groupe le plus proche. J’ai appris du vocabulaire et mon expression orale est beaucoup plus fluide qu’avant. Je lis facilement en anglais. J’avais un cours de science politique en anglais par semestre, avec de vrais textes scientifiques, j’ai donc dû m’adapter du côté du langage théorique également. J’avais un cours par semestre réservé aux Erasmus, aussi en anglais – meilleur plan pour gagner des crédits sans trop se casser la tête. Pour le deuxième semestre, nous étions noté sur un projet de groupe et le choix du sujet était libre, c’était vraiment sympathique à réaliser.

13728297_1037155543019980_1640477306_o
Rheinische Friedrich-Wilhelms-Universität Bonn (1818)

 

  • Les études (bof)

En parlant des cours, je pense qu’il ne faut pas s’attendre à quelque chose de génial ou de révolutionnaire. On vantait la qualité des cours en Allemagne, je les ai trouvé plus ou moins similaires à ceux de mon école, en tout cas pour les séminaires. Présentation d’exposés réalisés par les élèves et discussion en classe. La qualité dépend beaucoup du professeur, s’il est compréhensible ou non. Si sa voix est monotone, c’est fini pour moi. Très compliqué de suivre ou de noter quoi que ce soit. Le premier semestre fut plus difficile que le second. Je retiendrais quand même un cours sur les inégalités sociales avec des textes à lire très intéressants et une professeure jeune et dynamique. La plupart des étudiants allemands participent beaucoup en classe. Je n’ai pas remarqué de grande différence sur la ponctualité qu’on m’avait assez vantée aussi. Certains ne sont pas très assidus surtout après avoir passé leurs exposés.

J’avais également payé soixante euros par semestre pour participer à des cours d’allemand donnés spécialement pour les Erasmus. Je me suis retrouvée dans des groupes en dessous de mon niveau, ou en tout cas pas assez motivants pour me donner à fond. Nous avions peu d’expression orale et beaucoup de grammaire du type collège. Cela m’a permis de revoir mes bases sans doute, mais au prix de longues heures d’ennui.

Les étudiants en sciences politiques ont plus de chance que les étudiants en littérature par exemple : nous gagnons plus de crédits par cours, ce qui m’a permis, avec encore une certaine stratégie, d’éviter d’écrire des Hausarbeit (essais) de quinze pages à chaque fin de semestre en étant notée seulement sur des exposés ou des examens écrits. Nous organisons nous même notre emploi du temps, ce qui demande aussi un peu de sérieux à chaque début de semestre pour ne pas se tromper bêtement. Mais le peu d’heures de cours que nous avons permet d’avoir pas mal de temps libre et cela n’est pas de refus.

13178052_1225786000765150_7550947015783256661_n
Erasmus in Flammen – Rhein in Flammen Festival, Rheinaue Bonn
  • Tout le reste (top)

La vie Erasmus est loin d’être définie par les cours. Pour moi c’était clairement quelque chose de secondaire cette année. Les cours ne sont qu’une pause dans le week-end prolongé qui constitue notre semaine. Cela n’est pas une légende : nos soirées déterminent la qualité de notre année. C’est comme cela que l’on s’intègre et que les premiers liens se créent. Ce qu’il y a de bien dans une ville comme Bonn c’est que l’ambiance est assez « famille » et même si des groupes d’affinités se forment, on arrive toujours à se retrouver entre Erasmus et à connaître un peu tout le monde. J’ai beaucoup apprécié la facilité avec laquelle on peut aborder les autres, toujours ouverts d’esprits et très sympathiques peu importe la nationalité. Alors oui les espagnols et les italiens peuvent être parfois un peu chauvins en ne se mélangeant pas trop, mais on pourrait dire la même chose des français parfois. Sinon, les origines sont plutôt mixtes : anglais, irlandais, portugais, mais aussi polonais, scandinaves, suisses, turcs… Tu sais qu’à la fin, cela te brisera le cœur de les quitter et qu’avec certains, ce sont des amitiés qui dureront longtemps.

Bien sûr après deux semestres c’est parfois fatiguant de répéter certaines choses cent fois : d’où l’on vient, ce que l’on étudie, comment l’on aime la vie ici, si l’on parle bien allemand… Mais ce n’est – la plupart du temps – qu’une formalité permettant d’embrayer sur de meilleures conversations. C’est incroyable le nombre de gens, de personnalités différentes que l’on rencontre au cours d’une année. C’est aussi agréable d’être mélangée avec des gens de tout âge. Du haut de mes dix-neuf ans j’étais de loin la plus jeune, la moyenne d’âge étant vingt-et-un ou vingt-deux ans, les plus vieux ayant vingt-cinq ou vingt-six ans. Je n’ai jamais été traitée comme une gamine, en général personne ne faisait de différence car tout le monde s’en foutait. Je suis plutôt sociable et parler à de nouvelles personnes ne me pose en général pas de problème, mais Erasmus a sans doute encore plus joué sur cette ouverture-là. Alors bien sûr, il y a des cons partout comme on dit. Mais j’ai sans doute eu de la chance, car ils étaient en petite minorité chez moi.

Un article de Vice décrivait récemment l’expérience Erasmus comme une année « sinistre » où l’on noie ses problèmes de communication dans l’alcool, et où l’on passe le reste du temps solitaire dans sa chambre étudiante pourrie. Je suis désolée si certains le ressentent comme ça. Le rythme Erasmus peut être assez particulier à tenir. J’étais personnellement à fond dans les soirées, j’adorais déjà ça avant, cela s’est encore plus développé ici. Je suis sans doute devenue un peu alcoolique, je sortais trois nuits par semaine à la suite, parfois sans but précis. Il y a certainement des moments de déprimes et de gueule de bois carabinée, tout ne peut pas être rose tout le temps. Il y a des périodes où on se demande quel est le but de finir encore dans ce même club pété à jeter notre argent dans des shots parce qu’on ne peut pas supporter de danser sobre sur du Pitbull. Mais ce ne sont certainement pas des moments déterminants. Mon foie a pris cher, oui, mais je me suis tellement amusée. On n’est jamais vraiment seuls parce que tout le monde est dans le même bateau, on se voit tous les jours – que ce soit pour étudier ensemble, aller au restaurant ou faire la fête jusqu’à l’aube.

  • Conclusion (mignonne)

On peut choisir de voir Erasmus comme une banale pause dans nos vies ou on peut essayer d’en prendre le meilleur et en faire une période merveilleuse et inoubliable. Je ne pense pas que les rencontres qu’on fait soient plus superficielles que d’autres, dans d’autres contextes. J’ai vécu des choses que je ne penserais jamais vivre, des moments de joie extraordinaires. Je me suis attachée à beaucoup de personnes. J’ai voyagé et visité pleins d’endroits magnifiques, je suis tombée encore plus amoureuse de l’Allemagne. Cela ne m’empêche pas d’être toujours attachée à la France, à ma ville natale, à mes amis et ma famille et de ressentir leur manque. Mais je profite de cette occasion qui m’est donnée d’élargir mes horizons dans un temps limité. Oui, tous les clichés sont vrais dans mon cas.

Erasmus est bien la meilleure année de ma vie.

12657804_10209142280373230_7124513976688593117_o
“PROST” – Untergrund Bonn
  • (Grand) bonus

Si je devais lister ce qui va me manquer à mon retour (tout ce que j’inclus est moins coûteux qu’en France) :

  • La bière: le compagnon officiel de tout étudiant qui se respecte. Je n’étais pas ultra fan de la Kölsch (bière locale), mais Paulaner, Augustiner et Astra restent mon top 3.
  • Les cigarettes : les publicités sont encore autorisées dans les rues – partout?
  • Les Kiosk : toujours ouverts, ce sont les sauveurs de nos longues nuits.
  • Les bars des résidences étudiantes : les. Bières. Sont. A. 50. Centimes.
  • L’absence de fumoirs (en boîte de nuit) : il faut braver le froid pour aller fumer sa cigarette, mais au moins on respire !
  • Le Blow Up : boîte gratuite de Bonn avec laquelle j’entretiens une relation d’amour-haine.
  • Les boîtes hypes de Cologne : au moins on n’est pas obligé d’avoir vingt-et-un ans pour y rentrer (coucou Berlin).
  • La carte étudiante : un peu chère en début de semestre mais elle permet de voyager dans tout le Land (région) gratuitement, ce qui n’est pas rien.
  • Les Biergarten : terrasses extérieures avec de grands bancs et de la bonne bière.
  • Le Rhin: et sa belle promenade qui traverse également Cologne et Düsseldorf.
  • Les bâtiments universitaires : d’extérieur ils ressemblent plus à des musées.
  • Les espaces verts : à Bonn, le centre-ville en est couvert ; dont le Hofgarten qui fait face au majestueux bâtiment principal de l’université et qui est le point de rendez-vous de tous les étudiants.
  • La MENSA : restau U allemand, il propose bien plus de plats que le simple steak-frites, dont un végétarien et un vegan.
  • Les döners et les falafels: à déguster à n’importe quelle heure.
  • REWE : et autres supermarchés pratiques et économiques.
  • Backwerk : sorte de boulangerie libre-service à trois francs six sous mais avec des sandwichs frais de bonne qualité.
  • La boutique Haribo : pleins de bonbons exclusifs au prix de fabrication (l’usine d’origine est à côté de Bonn).
  • Les Freibad : des piscines en plein air ouvertes pendant l’été qui ne coûtent presque rien.
  • Les Weihnachtsmarkt (marchés de Noël) : véritable centre dynamique de la ville pendant toute la période de Noël, avec leur provision de Glühwein (vin chaud) et de bouffe (typique). Il s’étale dans tout le centre-ville à Bonn, et il y en a au moins quatre à Cologne, dont un spécialement étiqueté LGBTQ.
  • Le carnaval : meilleur moment de l’année où on voit la folie des allemands ressortir pour l’occasion, avec leurs déguisements et leurs chansons paillardes. Synonyme de beuverie du matin au soir le 11 novembre et pendant quatre jours en février. Les bars et les boîtes de nuit ouvrent dès l’après-midi.
  • Les traditions cheloues: des petites fêtes mignonnes ponctuent l’année (ma prof d’allemand nous en parlait en long et en large). Il y a par exemple le Mai-Baum (arbre de mai) : il faut planter un arbre devant la fenêtre de l’élu de son cœur la nuit du premier mai.

Mais je suis bien contente de quitter l’Allemagne pour retrouver :

  • Le soleil (lol)
  • Le bon fromage (dont : raclette, tartiflette et autres joyeusetés)
  • Les tacos lyonnais
  • Les vidéos YouTube non bloquées par la GEMA
  • Le fait de pouvoir traverser au rouge sans se faire lyncher du regard

Toutes les photos sont de moi, vous pouvez aussi jeter un œil à mon Instagram

Advertisements