Coup de cœur #3 : The Get Down

L’été est synonyme de binge-watching de séries TV. J’avais donc envie de (re)parler d’une en particulier, dont je ne cesse de faire la promotion. Un coup de cœur au même titre qu’Hell on Wheels, mais dans un genre tout à fait différent.

Si vous êtes accro à Netflix, vous en avez sûrement entendu parler. The Get Down est une série qui a été lancée en 2016 par Baz Luhrmann, le réalisateur de Moulin Rouge, ou plus récemment, The Great Gatsby. L’épisode pilote de la série est également réalisé par lui. Il appose ses remarquables touches d’extravagance et d’excentricité à l’histoire, en respectant tout à fait le contexte et les exigences liés à la narration de l’émergence du hip-hop dans les années 1970 au sein du quartier du Bronx à New-York.

Si vous êtes intéressé.e.s par ce thème, c’est déjà un must-see. Autrement, c’est l’occasion d’en apprendre plus sur le contexte politique et social dans lequel la musique hip-hop s’est construite. Les références sont travaillées, notamment grâce au DJ Grandmaster Flash qu’on retrouve à l’écran mais aussi en coulisses, le vrai ayant contribué à la série. D’autres piliers du genre sont présents, tels que DJ Kool Herc et Afrika Bambataa. On peut également y voir une immersion dans l’univers de l’industrie du disque, par l’exemple de la musique disco qui en est à son apogée.

Le casting de The Get Down est majoritairement composé d’acteurs et d’actrices non-blanch.e.s, avec pour têtes connues Jaden Smith (fils de Will Smith, acteur et rappeur himself) et Shameik Moore (vu dans le film Dope), incroyable dans son rôle de Shaolin Fantastic. De plus, pour les deux acteurs “stars” de la série – Justice Smith (Zeke) et Herizen Guardiola (Mylene) – c’est une vraie révélation, aussi bien musicale qu’en termes d’acting. Enfin, tous les personnages (même les plus secondaires) sont hauts en couleur et avec de forts caractères, ce qui approfondit inévitablement notre attachement à leur égard. 

J’ai pu lire des critiques insistant sur la “romancisation” appuyée de la série. Comme je l’ai expliqué, cela est plutôt du à la “patte” de Baz Luhrmann : un style auquel on peut ne pas accrocher mais qui, à mon avis, permet d’exprimer toute une palette d’émotions dans un rythme toujours soutenu. C’est ce qui donne à la série une aura si énergique, originale et décalée des autres productions actuelles. On assiste à des moments véritablement jouissifs, des performances musicales énormes et de qualité (ce qui est à souligner lorsque l’on a l’habitude de s’ennuyer devant des comédies musicales comme moi), mais aussi à des scènes plus émouvantes. La mise en scène punchy permet aussi certaines prises de liberté, comme par exemple l’introduction de scènes animées (une mise en abyme de la BD de Dizzee) dans la seconde partie de la saison.

Le scénario est également loin d’être idéaliste. Bien que Zeke et Mylene représentent l’espoir de sortir du ghetto, le personnage de Shaolin Fantastic est là pour nous rappeler le côté sombre du Bronx, qui laisse de nombreux destins brisés derrière lui malgré l’ambition et la rage de s’en sortir. Animé par son amour pour le DJing, mais lié au deal de drogues depuis son plus jeune âge, il est difficile pour Shaolin de se détacher de cette activité. Et encore plus lorsque celle-ci est portée par la reine des gangsters “Fat Annie”, figure effrayante de mère incestueuse. On comprend alors que son passé est trop lourd pour qu’il soit oublié aussi facilement…

La musique hip-hop est donc une porte d’entrée pour aborder une variété de sujets : le désespoir lié à la vie dans le Bronx, la classe politique corrompue, le trafic de drogues meurtrier, la vie de la communauté LGBTQ de l’époque, etc. Pour autant, c’est une des rares séries qui montre une façon de sortir de la pauvreté qui est POSITIVE pour les personnages, n’impliquant pas d’abandonner son identité, ni de trahir ses proches. Zeke et Mylene refusent tous les deux, lors de leur chemin vers le succès, de se “vendre” aux adultes blancs (garants du pouvoir économique, social et politique) qui souhaitent utiliser leur image à leur profit. Ils réussissent à atteindre leurs rêves en se servant de la solidarité de leurs pairs ainsi que de leur propre intelligence, afin de détourner les règles du jeu de manière à se faire respecter tout en gardant leur intégrité. Un manque de réalisme ? Non, une représentation bienvenue de personnes racisé.e.s talentueux.ses et maîtres de leurs choix.

Pour conclure, je dirais que The Get Down est une série rafraîchissante de 12 épisodes qui méritait fortement une suite, car elle rendait intensément heureux.

 

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